Rose-Croix-Textes fondateurs-Les Noces Chimiques de Christian Rosencreutz-Troisième jour-8/14
Par Fabrice le , le site sur l'ésotérisme et la voyance - Lien permanent
Après ces événements il se fit un silence qui dura cinq minutes. Alors une belle licorne, blanche comme la neige, portant un collier en or signé de quelques caractères, s'approcha de la fontaine, et, ployant ses jambes de devant, s'agenouilla comme si elle voulait honorer le lion qui se tenait debout sur la fontaine. Ce lion, qui en raison de son immobilité complète m'avait semblé en pierre ou en airain, saisit aussitôt une épée nue qu'il tenait sous ses griffes et la brisa au milieu; je crois que les deux fragments tombèrent dans la fontaine. Puis il ne cessa de rugir jusqu'à ce qu'une colombe blanche, tenant un rameau d'olivier dans son bec, volât vers lui à tire d'ailes; elle donna ce rameau au lion qui l'avala ce qui lui rendit de nouveau le calme. Alors, en quelques bonds joyeux, la licorne revint à sa place. Un instant après, notre vierge nous fit descendre du gradin par un escalier tournant et nous nous inclinâmes encore une fois devant la draperie; puis on nous ordonna de nous verser de l'eau de la fontaine sur les mains et sur la tête et de rentrer dans nos rangs après cette ablution jusqu'à ce que le Roi se fût retiré dans ses appartements par un couloir secret. On nous ramena alors du jardin dans nos chambres, en grande pompe et au son des instruments, tandis que nous nous entretenions amicalement. Et cela eut lieu vers quatre heures de l'après-midi. Afin de nous aider à passer le temps agréablement, la vierge ordonna que chacun de nous fût accompagné par un page. Ces pages, richement vêtus, étaient extrêmement instruits et discouraient sur toute chose avec tant d'art que nous avions honte de nous-mêmes. On leur avait donné l'ordre de nous faire visiter le château—certaines parties seulement—et de nous distraire en tenant compte de nos désirs autant que possible. Puis la vierge prit congé de nous en nous promettant d'assister au repas du soir; on célébrerait, aussitôt après, les cérémonies de la Suspension des poids; ensuite, il nous faudrait prendre patience jusqu'à demain, car demain seulement nous serions présentés au Roi. Dès qu'elle nous eût quittés, chacun de nous chercha à s'occuper selon ses goûts. Les uns contemplèrent les belles inscriptions, les copièrent, et méditèrent sur la signification des caractères étranges; d'autres se réconfortèrent en buvant et en mangeant. Quant à moi, je me fis conduire par mon page par-ci, par-là, dans le château et je me réjouirai toute ma vie d'avoir fait cette promenade. Car, sans parler de maintes antiquités admirables, on me montra les caveaux des rois, auprès desquels j'ai appris plus que ce qu'enseignent tous les livres. C'est là que se trouve le merveilleux phénix, sur lequel j'ai fait paraître un petit traité il y a deux ans. J'ai l'intention de continuer à publier des traités spéciaux conçus sur le même plan et comportant le même développement sur le lion, l'aigle, le griffon, le faucon et autres sujets. Je plains encore mes compagnons d'avoir négligé un trésor aussi précieux; cependant tout me porte à croire que telle a été la volonté de Dieu. J'ai profité plus qu'eux de la compagnie de mon page, car les pages conduisaient chacun suivant ses tendances intellectuelles, aux endroits et par les voies qui lui convenaient. Or, c'est à mon page qu'on avait confié les clefs et c'est pour cette raison que je goûtai ce bonheur avant les autres. Mais maintenant, quoiqu'il les appelât, ils se figuraient que ces tombeaux ne pouvaient se trouver que dans des cimetières, et là ils les verraient toujours à temps—si toutefois cela en valait la peine. Pourtant ces monuments, dont nous avons pris tous deux une copie exacte, ne resteront point secrets à nos disciples méritants. Ensuite nous visitâmes tous deux l'admirable bibliothèque; elle était encore telle qu'elle avait existé avant la Réforme. Quoique mon coeur se réjouisse chaque fois que j'y pense, je n'en parlerai cependant point; d'ailleurs le catalogue en paraîtra sous peu. Près de l'entrée de cette salle, l'on trouve un gros livre, comme je n'en avais jamais vu; ce livre contient la reproduction de toutes les figures, salles et portes ainsi que des inscriptions et énigmes réunies dans le château entier. Mais quoique j'eusse commencé à divulguer ces secrets, je m'arrête là, car je ne dois en dire davantage, tant que le monde ne sera pas meilleur qu'il n'est. Près de chaque livre je vis le portrait de son auteur; j'ai cru comprendre que beaucoup de ces livres-là seront brûlés, afin que le souvenir même en disparaisse parmi les hommes de bien.