Un amphithéâtre en bois orné d'admirables décors avait été dressé dans ce jardin. Il y avait quatre gradins superposés; le premier, d'un luxe plus resplendissant était masqué par un rideau en taffetas blanc; nous ignorions donc si quelqu'un s'y trouvait à ce moment. Le second était vide et à découvert; les deux derniers étaient de nouveau cachés à nos regards par des rideaux de taffetas rouge et bleu. Lorsque nous fûmes près de cet édifice la vierge s'inclina très bas; nous en fûmes très impressionnés, car cela signifiait clairement que le Roi et la Reine n'étaient pas loin. Nous saluâmes donc également. Puis la vierge nous conduisit par l'escalier au second gradin, où elle prit la première place, les autres conservant leur ordre. Je ne puis raconter à cause des méchantes langues, comment l'empereur que j'avais délivré se comporta envers moi, tant à cet endroit que précédemment à table; car il se rendait facilement compte dans quels soucis et tourments il attendrait l'heure du jugement, tandis que maintenant, grâce à moi, il était parvenu à cette dignité. Sur ces entrefaites, la vierge qui m'avait apporté jadis l'invitation et que je n'avais plus aperçu depuis, s'approcha de nous; elle sonna de sa trompette et, d'une voix forte, elle ouvrit la séance par le discours suivant: Sa Majesté Royale, Mon Seigneur, aurait désiré de tout son cour que tous, ici présents eussent parus seulement sur Son invitation, pourvus de qualités suffisantes, pour assister en grand nombre, en Son honneur, à la fête nuptiale. Mais, comme Dieu tout-puissant en avait disposé autrement, Sa Majesté ne devait pas murmurer, mais continuer à se conformer aux usages antiques et louables de ce royaume, quelque fussent les désirs de Sa Majesté. Mais, afin que Sa clémence naturelle soit célébrée dans le monde entier, Elle est parvenue, avec l'aide de Ses conseillers et des représentants du royaume, à mitiger sensiblement la sentence habituelle. Ainsi, Elle voulait, premièrement, que les seigneurs et gouvernants, n'eussent pas seulement la vie sauve, mais même que la liberté leur fut rendue. Sa Majesté leur transmettait Sa prière amicale de se résigner sans aucune colère à ne pouvoir assister à la fête en Son honneur, de réfléchir que Dieu tout-puissant leur avait déjà confié sans cela une charge qu'ils étaient incapables de porter avec calme et soumission et que, d'ailleurs, le Tout-puissant partageait ses biens suivant une loi incompréhensible. De même, leur réputation ne serait pas atteinte par le fait d'avoir été exclus de notre Ordre, car il n'est pas donné à tous d'accomplir toutes choses. D'ailleurs les courtisans pervers qui les avaient trompés ne resteraient pas impunis. En outre, Sa Majesté était désireuse de leur communiquer sous peu un Catalogue des Hérétiques et un Index expurgatorium, afin qu'ils pussent discerner dorénavant le bien du mal avec plus de facilités. De plus, comme Sa Majesté avait l'intention d'opérer un classement dans leur bibliothèque et de sacrifier à Vulcain les écrits trompeurs, Elle les priait de lui prêter leur aide amicale à cet effet. Sa Majesté leur recommandait également de gouverner leurs sujets; de manière à réprimer tout mal et toute impureté. Elle les exhortait de même à résister au désir de revenir inconsidérément, afin que l'excuse d'avoir été dupés ne fut reconnue comme mensongère et qu'ils ne fussent en butte à la risée et au mépris de tous. Enfin, si les soldats leur demandaient une rançon, Sa Majesté espérait que personne ne songerait à s'en plaindre et ne refuserait de se racheter soit avec une chaîne, soit avec tout autre objet qu'il aurait sous la main; puis il leur serait loisible de prendre congé de nous, amicalement, et de s'en retourner vers les leurs, accompagnés de nos voeux. Les seconds qui n'avaient pu résister aux poids, un, trois et quatre, n'en seraient pas quittes à si bon compte, mais afin que la clémence de Sa Majesté leur fut sensible également, leur punition serait d'être dévêtus entièrement et renvoyés ensuite. Ceux qui avaient été plus légers que les poids deux et cinq, seraient dévêtus et marqués d'un, de deux ou de plusieurs stigmates suivant qu'ils avaient été plus ou moins lourds. Ceux qui avaient été soulevés par les poids six et sept et non par les autres, seraient traités avec moins de rigueur.