Rose-Croix-Textes fondateurs-Les Noces Chimiques de Christian Rosencreutz-Troisième jour-5/14
Par Fabrice le , le site sur l'ésotérisme et la voyance - Lien permanent
Puis le discours s'adressa plus durement aux prisonniers de la deuxième catégorie. Ils étaient convaincus en leur intérieur d'avoir composé de faux livres, trompé leur prochain et abaissé ainsi l'honneur royal aux yeux du monde. Ils n'ignoraient pas de quelles figures impies et trompeuses ils avaient fait usage. Ils n'avaient même pas épargné la Trinité Divine; bien plus, ils avaient tenté de s'en servir pour duper tout le monde. Mais maintenant les procédés qu'ils avaient employés pour tendre des pièges aux vrais convives pour leur substituer des insensés, étaient mis à découvert. En outre, nul n'ignorait qu'ils se plaisaient dans la prostitution, l'adultère, l'ivrognerie et autres vices qui sont tous contraires à l'ordre public de ce royaume. En somme, ils savaient qu'ils avaient abaissé, auprès des humbles, la Majesté Royale même; ils devaient donc confesser qu'ils étaient des fourbes, des menteurs et des scélérats notoires, qu'ils méritaient d'être séparés des honnêtes gens et d'être punis sévèrement. Nos gaillards ne convinrent pas volontiers de tout cela; mais, comme la vierge les menaçait de mort, tandis que le premier groupe les accusait véhémentement et se plaignait d'une seule voix d'avoir été dupé par eux, ils finirent par avouer, pour échapper à de plus grands maux. Cependant ils prétendaient que l'on ne devait pas les traiter avec une rigueur excessive car les grands seigneurs, désireux d'entrer dans le château les avait alléchés par de belles promesses pour obtenir leur aide; cela les avait amenés à ruser de mille manières pour happer l'appât, et, de fil en aiguille, ils avaient été entraînés jusque-là. Ainsi donc, à leur avis, ils n'avaient pas démérité plus que les seigneurs, parce qu'ils n'avaient pas réussi. Car les seigneurs auraient dû comprendre qu'ils ne se seraient pas exposés à de grands dangers en escaladant les murs avec eux, contre une faible rémunération, s'ils avaient pu entrer en toute sécurité. D'autre part, certains livres avaient été édités si fructueusement que ceux qui se trouvaient dans le besoin se crurent autorisés à exploiter cette source de bénéfices. Ils espéraient donc que, si l'on voulait rendre un jugement équitable et, sur leur demande pressante, examiner leur cas avec soin, l'on chercherait en vain une action blâmable à leur charge, car ils avaient agi en serviteurs des seigneurs.—C'est avec, de tels arguments qu'ils cherchaient à s'excuser. Mais on leur répondit que Sa Majesté Royale était décidée à les punir tous, toutefois avec plus ou moins de sévérité; car les raisons qu'ils invoquaient étaient, en effet, véridiques en partie, c'est pourquoi les seigneurs ne resteraient point sans punition. Mais ceux qui, de leur propre initiative avaient proposé leurs services, et ceux qui avaient circonvenu et entraîné des ignorants malgré leur volonté, devaient se préparer à mourir. Le même sort serait réservé à ceux qui avaient lésé Sa Majesté Royale par leur mensonges, ce dont ils pouvaient se convaincre eux-mêmes par leurs écrits et leurs livres. Alors ce furent des plaintes lamentables, des pleurs, des supplications, des prières et des prosternations, qui cependant demeurèrent sans effet. Et je fus étonné de voir que la vierge supporta cela si vaillamment, tandis que, pleins de commisération, nous ne pûmes retenir nos larmes, quoique beaucoup d'entre eux nous eussent infligé maints peines et tourments. Loin de s'attendrir elle fit chercher par son page tous les chevaliers qui s'étaient rangés près de la balance. On leur ordonna de s'emparer de leurs prisonniers et de les conduire en file dans le jardin, chaque soldat devait se placer à côté de son prisonnier. Je remarquai, non sans étonnement, avec quelle aisance chacun reconnut le sien. Ensuite mes compagnons de la nuit précédente furent autorisés à sortir librement dans le jardin pour assister à l'exécution de la sentence. Dès qu'ils furent sortis, la vierge descendit de son trône et nous invita à nous asseoir sur les marches afin de paraître au jugement. Nous obéîmes sans tarder en abandonnant tout sur la table, hormis la coupe que la vierge confia à un page. Alors le trône se souleva tout entier et s'avança avec une telle douceur qu'il nous sembla planer dans l'air; nous arrivâmes ainsi dans le jardin et nous nous levâmes. Le jardin ne présentait aucune particularité; toutefois des arbres avaient été distribués avec art et une source délicieuse y jaillissait d'une fontaine, décorée d'images merveilleuses, d'inscriptions et de signes étranges; j'en parlerai plus amplement dans le prochain livre s'il plaît à Dieu.