Mon camarade passa le cinquième; il persista admirablement à la satisfaction de beaucoup d'entre nous et à la grande joie du capitaine qui avait proposé l'épreuve; il fut donc honoré par la vierge selon la coutume. Les deux suivants étaient trop légers. J'étais le huitième. Lorsque tout tremblant je pris place sur la balance, mon camarade, déjà vêtu de son habit de velours m'engagea d'un regard affectueux, et, même, la vierge eut un léger sourire. Je résistai à tous les poids; la vierge ordonna alors d'employer la force pour me soulever et trois hommes pesèrent encore sur l'autre plateau; ce fut en vain. Aussitôt l'un des pages se leva et clama d'une voix éclatante: «C'est lui». L'autre page répliqua: «Qu'il jouisse donc de sa liberté». La vierge acquiesça, et, non seulement je fus reçu avec les cérémonies habituelles, mais, de plus, l'on m'autorisa à délivrer un des prisonniers à mon choix. Sans me plonger dans de longues réflexions, je choisis le premier des empereurs, dont l'échec me faisait pitié depuis longtemps. Il fut délié aussitôt et on le rangea près de nous en lui accordant tous les honneurs. Au moment où le dernier prenait place sur la balance—dont les poids furent trop lourds pour lui—, la vierge aperçut les roses que j'avais détachées de mon chapeau et que je tenais à la main; elle me fit la grâce de me les demander par son page et je les lui donnai avec joie. C'est ainsi que le premier acte se termina à dix heures du matin; sa fin fut marquée par une sonnerie de trompettes, invisibles pour nous à ce moment. En attendant le jugement, les sections emmenèrent leurs prisonniers. Le conseil fut composé des cinq préposés et de nous-mêmes, et l'affaire fut exposée par la vierge faisant office de présidente; puis on demanda à chacun son avis sur la punition à infliger aux prisonniers. La première opinion émise fut de les punir tous de mort, les uns plus durement que les autres, attendu qu'ils avaient eu l'audace de se présenter malgré qu'ils connussent les conditions requises, clairement énoncées. D'autres proposèrent de les retenir prisonniers. Mais ces propositions ne furent approuvées ni par la présidente ni par moi. Finalement on prit une décision conforme à l'avis émis par l'empereur que j'avais délivré, par un prince, par mon camarade et par moi: les premiers, seigneurs de rang élevé, seraient conduits discrètement hors du château; les seconds seraient congédiés avec plus de mépris; les suivants seraient déshabillés et mis dehors tout nus; les quatrièmes seraient fouettés par les verges ou chassés par les chiens; mais ceux qui avaient reconnu leur indignité et renoncé à l'épreuve hier soir, repartiraient sans punition. Enfin, les audacieux qui s'étaient conduits si honteusement au repas d'hier, seraient punis de prison ou de mort selon la gravité de leurs forfaits. Cet avis eut l'assentiment de la vierge et fut accepté définitivement; on accorda en outre un repas aux prisonniers. On leur fit part aussitôt de cette faveur et le jugement fut fixé à douze heures de l'après-midi. Cette décision prise, l'assemblée se sépara. La vierge se retira avec les siens dans sa retraite coutumière; on nous fit servir une collation sur la première table de la salle avec la prière de nous contenter de cela jusqu'à ce que l'affaire fut complètement terminée; ensuite on nous conduirait devant le saint fiancé et la fiancée, ce que nous apprîmes avec joie. Cependant les prisonniers furent amenés dans la salle; on les plaça selon leur rang avec la recommandation de se conduire plus décemment qu'auparavant; mais cette exhortation était superflue car ils avaient perdu leur arrogance. Et je puis affirmer, non par flatterie, mais par amour de la vérité, que les personnes de rang élevé savaient en général mieux se résigner de cet échec inattendu, car, quoique assez dure, leur punition était juste. Les serviteurs leur restaient invisibles, tandis qu'ils étaient devenus visibles pour nous; cette constatation nous fut une grande joie.