Rose-Croix-Textes fondateurs-Les Noces Chimiques de Christian Rosencreutz-Troisième jour-2/14
Par Fabrice le , le site sur l'ésotérisme et la voyance - Lien permanent
Aussi, ceux qui monteront sur la balance Sans peser autant que les poids, Et seront soulevés avec fracas Seront la risée de tous. Dès que la vierge eut achevé, l'un des pages invita ceux qui devaient tenter l'épreuve à se placer suivant leur rang et à monter l'un après l'autre sur le plateau de la balance. Aussitôt l'un des empereurs vêtu d'un habit luxueux, se décida; il s'inclina d'abord devant la vierge et monta. Alors chaque préposé posa son poids dans l'autre plateau et l'empereur résista à l'étonnement de tous. Toutefois le dernier poids fut trop lourd pour lui et le souleva, ce qui l'affligea au point que la vierge même parut en avoir pitié; aussi fit-elle signe aux siens de se taire. Puis le bon empereur fut lié et remis à la sixième section. Après lui vint un empereur qui se campa fièrement sur la balance; comme il cachait un grand et gros livre sous son vêtement, il se croyait bien certain d'avoir le poids requis. Mais il compensa à peine le troisième poids et le suivant l'enleva sans miséricorde. Dans sa frayeur il laissa échapper son livre et tous les soldats se mirent à rire. Il fut donc lié et confié à la garde de la troisième section. Plusieurs empereurs lui succédèrent et eurent le même sort; leur échec provoqua le rire et ils furent liés. Après eux s'avança un empereur de petite taille, portant une barbiche brune et crépue. Après la révérence d'usage il monta également et fut trouvé tellement constant que l'on n'aurait sans doute pas pu le soulever avec plus de poids encore. Alors la vierge se leva vivement, s'inclina devant lui et lui fit mettre un vêtement de velours rouge; elle lui donna en outre une branche de laurier, dont elle avait une provision à côté d'elle et le pria de s'asseoir sur les marches de son trône. Il serait trop long de raconter comment se comportèrent les autres empereurs, les rois et les seigneurs, mais je ne dois pas omettre de relater que bien peu d'entre eux sont sortis victorieux de l'épreuve. Toutefois, contre mon attente, bien des vertus devinrent manifestes: ceux-ci résistèrent à tel ou tel poids ceux-là à deux, d'autres à trois, quatre ou cinq. Mais bien peu avaient la véritable perfection; et tous ceux qui échouèrent furent la risée des soldats rouges. Quand les nobles, les savants et autres eurent également subi l'épreuve, et que dans chaque état on eut trouvé tantôt un, tantôt deux justes, souvent aucun, ce fut le tour de messeigneurs les fourbes et des flatteurs, faiseurs de Lapis Spitalauficus. On les posa sur la balance avec de telles railleries que, malgré mon affliction, je faillis éclater de rire et que même les prisonniers ne purent s'en empêcher. Car à ceux-là, pour la plupart on n'accorda même pas un jugement sévère; mais ils furent chassés de la balance à coups de fouet et conduits à leurs sections près des autres prisonniers. De toute cette grande foule il subsista un si petit nombre que je rougirais de le révéler. Parmi les élus il y eut aussi des personnes haut placées mais les unes comme les autres furent honorées d'un vêtement de velours, et d'une branche de laurier. Quand tous eurent passé par cette épreuve sauf nous, pauvres chiens enchaînés deux par deux, un capitaine s'avança et dit: «Madame, s'il plaisait à votre Honneur, on pourrait peser ces pauvres gens qui avouent leur inaptitude, sans risque pour eux, mais pour notre plaisir seulement; peut-être trouverait-on quelque juste parmi eux». Tout d'abord cette proposition ne laissa de me chagriner, car, dans ma peine, j'avais au moins la consolation de ne pas être exposé honteusement et chassé de la balance à coups de fouet. J'étais convaincu que beaucoup de ceux qui étaient prisonniers maintenant eussent préféré passer dix nuits dans la salle où nous avions couché que de subir un échec si pitoyable. Mais comme la vierge donna son assentiment il fallut bien se soumettre. Nous fûmes donc déliés et posés l'un après l'autre. Quoique mes compagnons échouassent le plus souvent, on leur épargna les sarcasmes et les coups de fouet et ils se rangèrent de côté, en paix.