Lorsque j'eus la certitude qu'elle vivait encore, je la portai subrepticement chez moi; je ranimai son corps par un précieux bain d'herbes et je la remis aux soins de ma mère. Elle mit au monde un beau garçon,... que je fis soigner avec autant de conscience que la mère. Deux jours après je lui racontai, à son grand étonnement, ce qui avait eu lieu et je la priai de rester dorénavant chez moi comme mon épouse. Elle en eut un grand chagrin, disant que son époux, qui l'avait toujours aimée fidèlement, en serait très affligé, mais que par ces événements, l'amour la donnait autant à l'un qu'à l'autre. Rentrant d'un voyage de deux jours, j'invitai son époux et je lui demandai incidemment s'il ferait de nouveau bon accueil à son épouse défunte si elle revenait. Quand il m'eut répondu affirmativement en pleurant amèrement, je lui amenai enfin sa femme et son fils; je lui contai tout ce qui s'était passé et je la priai de ratifier par son consentement mon union avec elle. Après une longue dispute, il dut renoncer à contester mes droits sur la femme; nous nous querellâmes ensuite pour le fils». Ici la vierge intervint par ces paroles: —«Je suis étonnée d'apprendre que vous ayez pu doubler l'affliction de cet homme.» —«Comment,» répondit-il, «je n'étais donc pas dans mon droit?» Aussitôt une discussion s'éleva entre nous; la plupart étaient d'avis qu'il avait bien fait. «Non,» dit-il, «je les lui ai donnés tous deux, et sa femme et son fils. Dites-moi, maintenant, chers seigneurs, la droiture de mon action fut-elle plus grande que la joie de l'époux?» Ces paroles plurent tellement à la vierge qu'elle fit circuler la coupe en l'honneur des deux. Les énigmes proposées ensuite par les autres furent un peu plus embrouillées de sorte que je ne pus les retenir toutes; cependant je me souviens encore de l'histoire suivante racontée par l'un de mes compagnons: Quelques années auparavant un médecin lui avait acheté du bois dont il s'était chauffé pendant tout l'hiver; mais quand le printemps était revenu il lui avait revendu ce même bois de sorte qu'il en avait usé sans faire la moindre dépense. —«Cela s'est fait par acte, sans doute?» dit la vierge, «mais l'heure passe et nous voici arrivés à la fin du repas».—«En effet» répondit mon compagnon; «Que celui qui ne trouve pas la solution de ces énigmes la fasse demander à chacun; je ne pense pas qu'on la lui refusera». Puis on commença à dire le gratias et nous nous levâmes tous de table, plutôt rassasiés et gais que gavés d'aliments. Et nous souhaiterions volontiers que tous les banquets et festins se terminassent de cette manière. Quand nous nous fûmes promenés un instant dans la salle, la vierge nous demanda si nous désirions assister au commencement des noces. L'un de nous répondit: «Oh oui, vierge noble et vertueuse». Alors, tout en conversant avec nous, elle dépêcha en secret un page. Elle était devenue si affable avec nous que j'osai lui demander son nom. La vierge ne se fâcha point de mon audace et répondit en souriant: «Mon nom contient cinquante-cinq et n'a cependant que huit lettres; la troisième est le tiers de la cinquième; si elle s'ajoute à la sixième, elle forme un nombre, dont la racine est déjà plus grande de la première lettre que n'est la troisième elle-même, et qui est la moitié de la quatrième. La cinquième et la septième sont égales; la dernière est, de même égale, à la première, et elles font avec la seconde autant que possède la sixième, qui n'a cependant que quatre de plus que ne possède la troisième trois fois. Et maintenant, seigneurs, quel est mon nom?» Ce problème me sembla bien difficile à résoudre; cependant je ne m'en récusai pas et je demandai: «Vierge noble et vertueuse, ne pourrais-je obtenir une seule lettre?» —«Mais certainement», dit-elle «cela est possible». —«Combien possède donc la septième» demandai-je.