Rose-Croix-Textes fondateurs-Les Noces Chimiques de Christian Rosencreutz-Troisième jour-1/14
Par Fabrice le , le site sur l'ésotérisme et la voyance - Lien permanent
TROISIÈME JOUR
Le jour pointa. Dès que le soleil parut derrière la montagne pour accomplir sa tâche dans la hauteur du ciel, nos vaillants combattants commencèrent à sortir de leur lit et à se préparer peu à peu pour l'épreuve. Ils arrivèrent dans la salle, l'un après l'autre, se souhaitèrent mutuellement le bonjour et s'empressèrent de nous demander si nous avions bien dormi; en voyant nos liens beaucoup nous raillèrent; il leur semblait risible que nous nous fussions soumis par peur, plutôt que d'avoir osé à tout hasard, comme eux; toutefois, quelques-uns dont le coeur ne cessait de battre fort, se gardaient de les approuver. Nous nous excusâmes de notre inintelligence, en exprimant l'espoir qu'on nous laisserait bientôt partir libres et que cette raillerie nous servirait de leçon à l'avenir; puis nous leur fîmes remarquer qu'eux, par contre, n'étaient pas encore libres à coup sûr et qu'il se pourrait qu'ils eussent de grands dangers à surmonter. Enfin, quand nous fûmes tous réunis, nous entendîmes comme la veille l'appel des trompettes et des tambours. Nous nous attendions à voir paraître le fiancé; mais quant à cela beaucoup ne l'ont jamais vu. C'était encore la vierge d'hier, vêtue entièrement de velours rouge et ceinte d'un ruban blanc; une couronne verte de lauriers paraît admirablement son front. Sa suite était formée, non plus de lumières, mais d'environ deux cents hommes armés, tous vêtus de rouge et de blanc, comme elle. Se levant avec grâce, elle s'avança vers les prisonniers et, nous ayant salués, elle dit brièvement: «Mon maître sévère est satisfait de constater que quelques-uns parmi vous se sont rendus compte de leur misère; aussi en serez-vous récompensés». Et lorsqu'elle me reconnut à mon habit elle rit et dit: «Toi aussi tu t'es soumis au joug? Et moi qui croyais que tu t'étais si bien préparé! ». Avec ces paroles elle me fit venir les larmes aux yeux. Sur ce, elle fit délier nos cordes, puis elle ordonna de nous attacher deux par deux et de nous conduire à l'emplacement qui nous était réservé d'où nous pourrions facilement voir la balance; puis elle ajouta: «Il se pourrait que le sort de ceux-ci fût préférable à celui de plusieurs des audacieux qui sont encore libres». Cependant la balance, tout en or, fut suspendue au centre de la salle; à côté d'elle on disposa une petite table portant sept poids. Le premier était assez gros; sur ce poids on en avait posé quatre plus petits; enfin deux gros poids étaient placés à part. Relativement à leur volume, les poids étaient si lourds qu'aucun esprit humain ne pourrait le croire ou le comprendre. Puis la vierge se tourna vers les hommes armés, dont chacun portait une corde à côté de son épée et les divisa en sept sections conformément au nombre des poids; elle choisit un homme dans chaque section pour poser les poids sur la balance, puis elle retourna à son trône surélevé. Aussitôt, s'étant inclinée elle prononça les paroles suivantes: Si quelqu'un pénètre dans l'atelier d'un peintre, Et sans rien comprendre à la peinture A la prétention d'en discourir avec emphase, Il est la risée de tous. Celui donc qui pénètre dans l'Ordre des Artistes Et, sans avoir été élu, Se vante de ses ouvres, Est la risée de tous.