Quand nous eûmes réussi à passer à l'étage supérieur, l'ouverture se referma; je vis alors la sphère suspendue à une forte chaîne au milieu de la salle. Il y avait des fenêtres sur tout le pourtour de cette salle et autant de portes alternant avec les fenêtres. Chacune des portes masquait un grand miroir poli. La disposition optique des portes et des miroirs était telle que l'on voyait briller des soleils sur toute la circonférence de la salle, dès que l'on avait ouvert les fenêtres du côté du soleil et tiré les portes pour découvrir les miroirs; et cela malgré que cet astre, qui rayonnait à ce moment au delà de toute mesure ne frappât qu'une porte. Tous ces soleils resplendissants dardaient leurs rayons par des réflexions artificielles, sur la sphère suspendue au centre; et comme, par surcroît, celle-ci était polie, elle émettait un rayonnement si intense qu'aucun de nous ne put ouvrir les yeux. Nous regardâmes donc par les fenêtres jusqu'à ce que la sphère fût chauffée à point et que l'effet désiré fût obtenu. J'ai vu ainsi la chose la plus merveilleuse que la nature ait jamais produite: Les miroirs reflétaient partout des soleils, mais la sphère au centre rayonnait encore avec bien plus de force de sorte que notre regard ne put en soutenir l'éclat égal à celui du soleil même, ne fût-ce qu'un instant. Enfin la vierge fit recouvrir les miroirs et fermer les fenêtres afin de laisser refroidir un peu la sphère; et cela eut lieu à sept heures. Nous étions satisfaits de constater que l'opération, parvenue à ce point, nous laissait assez de liberté pour nous réconforter par un déjeuner. Mais, cette fois encore, le menu était vraiment philosophique et nous n'avions pas à craindre qu'on insistât pour nous pousser aux excès; toutefois on ne nous laissa pas manquer du nécessaire. D'ailleurs, la promesse de la joie future—par laquelle la vierge ranimait sans cesse notre zèle—nous rendit si gais que nous ne prenions en mauvaise part aucun travail et aucune incommodité. Je certifierai aussi que mes illustres compagnons ne songèrent à aucun moment à leur cuisine ou à leur table; mais ils étaient tout à la joie de pouvoir assister à une physique si extraordinaire et méditer ainsi sur la sagesse et la toute-puissance du Créateur. Après le repas nous nous préparâmes de nouveau au travail, car la sphère s'était suffisamment refroidie. Nous dûmes la détacher de sa chaîne, ce qui nous coûta beaucoup de peine et de travail, et la poser par terre. Nous discutâmes ensuite sur la manière de la diviser, car on nous avait ordonné de la couper en deux par le milieu; enfin un diamant pointu fit le plus gros de cette besogne. Quand nous eûmes ouvert ainsi la sphère, nous vîmes qu'elle ne contenait plus rien de rouge, mais seulement un grand et bel oeuf, blanc comme la neige. Nous étions au comble de la joie en constatant qu'il était réussi à souhait; car la vierge appréhendait que la coque ne fût trop molle encore. Nous étions là autour de l'oeuf, aussi joyeux que si nous l'avions pondu nous-mêmes. Mais la vierge le fit bientôt enlever, puis elle nous quitta également et ferma la porte comme toujours. Je ne sais ce qu'elle a fait de l'oeuf après son départ; j'ignore si elle lui a fait subir une opération secrète, cependant je ne le crois pas. Nous dûmes donc nous reposer de nouveau pendant un quart d'heure, jusqu'à ce qu'une troisième ouverture nous livrât passage et nous parvînmes ainsi au quatrième étage à l'aide de nos outils. Dans cette salle nous vîmes une grande chaudière en cuivre remplie de sable jaune, chauffée par un méchant petit feu. L'oeuf y fut enterré afin d'y achever de mûrir. Cette chaudière était carrée; sur l'un de ses côtés, les deux vers suivants étaient gravés en grandes lettres: O. BLI. TO. BIT. MI. LI. KANT. I. VOLT. BIT. TO. GOLT. Sur le deuxième côté on lisait ces mots: SANITAS. NIX. HASTA. Le troisième côté portait ce seul mot: F. I. A. T.