Rose-Croix-Textes fondateurs-Les Noces Chimiques de Christian Rosencreutz-Quatrième jour-3/9
Par Fabrice le , le site sur l'ésotérisme et la voyance - Lien permanent
Je ne puis omettre ceci: Le petit Cupidon y voletait. La grande couronne exerçait un attrait particulier sur lui; on l'y voyait voltiger et tournoyer de préférence. Parfois il s'installait entre les deux amants, en leur montrant son arc en souriant; quelquefois même il faisait le geste de vous viser avec cet arc; enfin ce petit dieu était si malicieux qu'il ne ménageait même pas les petits oiseaux qui volaient nombreux dans la salle, mais il les tourmentait chaque fois qu'il le pouvait. Il faisait la joie et la distraction des vierges; quand elles pouvaient le saisir il ne s'échappait pas sans peine. Ainsi toute réjouissance et tout plaisir venaient de cet enfant. Devant la Reine se trouvait un autel de dimensions restreintes mais d'une beauté incomparable; sur cet autel un livre couvert de velours noir rehaussé de quelques ornements en or très simples; à côté une petite lumière dans un flambeau d'ivoire. Cette lumière quoique toute petite brûlait, sans s'éteindre jamais, d'une flamme tellement immobile que nous ne l'eussions point reconnu pour un feu si l'espiègle Cupidon n'avait soufflé dessus de temps en temps. Près du flambeau se trouvait une sphère céleste, tournant autour de son axe; puis une petite horloge à sonnerie près d'une minuscule fontaine en cristal, d'où coulait à jet continu une eau limpide couleur rouge sang. A côté, une tête de mort, refuge d'un serpent blanc, tellement long que malgré qu'il fit le tour des autres objets, sa queue était encore engagée dans l'un des yeux, alors que sa tête rentrait dans l'autre. Il ne sortait donc jamais complètement de la tête de mort, mais quand Cupidon s'avisait à le pincer, il y rentrait avec une vitesse stupéfiante. En outre de ce petit autel, on remarquait ça et là dans la salle des images merveilleuses, qui se mouvaient comme si elles étaient vivantes avec une fantaisie tellement étonnante qu'il m'est impossible de la dépeindre ici. Ainsi, au moment où nous sortions, un chant tellement suave s'éleva dans la salle que je ne saurais dire s'il s'élevait du choeur des vierges qui y étaient restées ou des images mêmes. Nous quittâmes donc la salle avec nos vierges, heureux et satisfaits de cette réception; nos musiciens nous attendaient sur le palier et nous descendîmes en leur compagnie; derrière nous la porte fut fermée et verrouillée avec soin. Quand nous fûmes de retour dans notre salle, l'une des vierges s'exclama: «Ma soeur, je suis étonnée que tu aies osé te mêler à tant de monde». «Chère soeur», répondit notre présidente, «celui-ci m'a fait plus de peur qu'aucun autre». Et ce disant elle me désigna. Ces paroles me firent de la peine car je compris qu'elle se moquait de mon âge; j'étais en effet le plus âgé. Mais elle ne tarda pas à me consoler avec la promesse de me débarrasser de cette infirmité à condition de rester dans ses bonnes grâces. Puis le repas fut servi et chacun prit place à côté de l'une des vierges dont la conversation instructive absorba toute notre attention; mais je ne puis trahir les sujets de leurs causeries et de leurs distractions. Les questions de la plupart de mes compagnons avaient trait aux arts; j'en conclus donc que les occupations favorites de tous, tant jeunes que vieux, se rattachaient à l'art. Mais moi, j'étais obsédé par la pensée de pouvoir redevenir jeune et j'étais un peu plus triste à cause de cela. La vierge s'en aperçut fort bien et s'écria: «Je sais bien ce qui manque à ce jouvenceau. Que gagez-vous qu'il sera plus gai demain, si je couche avec lui la nuit prochaine?» À ces mots elles partirent d'un éclat de rire et quoique le rouge me montât au visage, je dus rire moi-même de ma propre infortune. Mais l'un de mes compagnons se chargea de venger cette offense et dit: «J'espère que non seulement les convives, mais aussi tes vierges ici présentes ne refuseront pas de témoigner pour notre frère et certifieront que notre présidente lui a formellement promis de partager sa couche cette nuit».