Rose-Croix-Textes fondateurs-Les Noces Chimiques de Christian Rosencreutz-Premier jour-3/5
Par Fabrice le , le site sur l'ésotérisme et la voyance - Lien permanent
Car, à peine m'étais-je endormi, qu'il me sembla que j'étais couché dans une tour sombre avec une multitude d'autres hommes; et, là, attachés à de lourdes chaînes nous grouillions comme des abeilles sans lumière, même sans la plus faible lueur; et cela aggravait encore notre affliction. Aucun de nous ne pouvait voir quoi que ce fut et cependant j'entendais mes compagnons s'élever constamment les uns contre les autres, parce que la chaîne de l'un était tant soit peu plus légère que celle de l'autre; sans considérer qu'il n'y avait pas lieu de se mépriser beaucoup mutuellement, car nous étions tous de pauvres sots.
Après avoir subi ces peines pendant assez longtemps, nous traitant réciproquement d'aveugles et de prisonniers, nous entendîmes enfin sonner de nombreuses trompettes et battre le tambour avec un tel art que nous en fûmes apaisés et réjouis dans notre croix. Pendant que nous écoutions, le toit de la tour fut soulevé et un peu de lumière put pénétrer jusqu'à nous. C'est alors que l'on put nous voir tomber les uns sur les autres, car tout ce monde remuait en désordre, de sorte que celui qui nous dominait tantôt était maintenant sous nos pieds. Quant à moi, je ne restai pas inactif non plus mais je me glissai parmi mes compagnons et, malgré mes liens pesants, je grimpai sur une pierre dont j'avais réussi à, m'emparer; mais là aussi je fus attaqué par les autres et je les repoussai en me défendant de mon mieux des mains et des pieds. Nous étions convaincus que nous serions tous libérés mais il en fut autrement.
Lorsque les Seigneurs qui nous regardaient d'en haut par l'orifice de la tour se furent égayés quelque peu de cette agitation et de ces gémissements, un vieillard tout blanc nous ordonna de nous taire, et, dès qu'il eut obtenu le silence, il parla, si ma mémoire est fidèle, en ces termes:
Si le pauvre genre humain
Voulait ne pas se révolter,
Il recevrait beaucoup de biens
D'une véritable mère,
Mais refusant d'obéir,
Il reste avec ses soucis,
Et demeure prisonnier.
Toutefois, ma chère mère ne veut pas
Leur tenir rigueur pour leur désobéissance;
Et laisse ses biens précieux
Arriver à la lumière trop souvent,
Quoiqu'ils y parviennent très rarement,
Afin qu'on les apprécie;
Sinon on les considère comme fables.
C'est pourquoi, en l'honneur de la fête,
Que nous célébrons aujourd'hui,
Pour qu'on lui rende grâce plus souvent
Elle veut faire une bonne oeuvre.
On descendra la corde;
Celui qui s'y suspendra
Sera délivré.
A peine eut-il achevé ce discours, que la vieille dame ordonna à ses serviteurs de lancer la corde dans la tour à sept reprises et de la ramener avec ceux qui auront pu la saisir.