Rose-Croix-Textes fondateurs-Les Noces Chimiques de Christian Rosencreutz-Premier jour-2/5
Par Fabrice le , le site sur l'ésotérisme et la voyance - Lien permanent
Dès que j'eus aperçu ce signe je repris confiance car ce sceau n'aurait pas plu au diable qui certes n'en faisait pas usage. Je décachetai donc vivement la lettre et je lus les vers suivants, écrits en lettres d'or sur champ bleu:
Aujourd'hui, aujourd'hui, aujourd'hui,
Ce sont les noces du roi;
Si tu es né pour y prendre part
Elu par Dieu pour la joie,
Va vers la montagne
Qui porte trois temples
Voir les événements.
Prends garde à toi,
Examine-toi toi-même.
Si tu ne t'es pas purifié assidûment
Les noces te feront dommage.
Malheur à qui s'attarde là-bas.
Que celui qui est trop léger s'abstienne.
Au-dessous comme signature:
Sponsus et Sponsa.
A la lecture de cette lettre je faillis m'évanouir; mes cheveux se dressèrent et une sueur froide baigna tout mon corps. Je comprenais bien qu'il était question du mariage qui m'avait été annoncé dans une vision formelle sept ans auparavant; je l'avais attendu et souhaité ardemment pendant longtemps et j'en avais trouvé le terme en calculant soigneusement les aspects de mes planètes; mais jamais je n'avais soupçonné qu'il aurait lieu dans des conditions si graves et si dangereuses.
En effet, je m'étais imaginé que je n'avais qu'à me présenter au mariage pour être accueilli en convive bienvenu et voici que tout dépendait de l'élection divine. Je n'étais nullement certain d'être parmi les élus; bien plus, en m'examinant, je ne trouvais en moi qu'inintelligence et ignorance des mystères, ignorance telle que je n'étais même pas capable de comprendre le sol que foulaient mes pieds et les objets de mes occupations journalières; à plus forte raison je ne devais pas être destiné à approfondir et à connaître les secrets de la nature. A mon avis, la nature aurait pu trouver partout un disciple plus méritant, à qui elle eût pu confier son trésor si précieux, quoique temporel et périssable. De même je m'aperçus que mon corps, mes moeurs extérieures et l'amour fraternel pour mon prochain n'étaient pas d'une pureté bien éclatante; ainsi, l'orgueil de la chair perçait encore par sa tendance vers la considération et la pompe mondaines et le manque d'égards pour mon prochain. J'étais encore constamment tourmenté par la pensée d'agir pour mon profit, de me bâtir des palais, de me faire un nom immortel dans le monde et autres choses semblables.
Mais ce furent surtout les paroles obscures, concernant les trois temples, qui me donnèrent une grand inquiétude; mes méditations ne parvinrent pas à les éclaircir, et, peut-être, ne les aurais-je jamais comprises si la clef ne m'en avait été donnée d'une manière merveilleuse. Ballotté ainsi entre la crainte et l'espérance, je pesais le pour et le contre; mais je n'arrivais qu'à constater ma faiblesse et mon impuissance. Me sentant incapable de prendre une décision quelconque, rempli d'effroi par cette invitation, je cherchai enfin une solution par ma voie habituelle, la plus certaine: je m'abandonnai au sommeil après une prière sévère et ardente, dans l'espoir que mon ange voudrait m'apparaître avec la permission divine pour mettre un terme à mes doutes, ainsi que cela m'avait été déjà accordé quelques fois auparavant. Et il en fut encore ainsi, à la louange de Dieu, pour mon bien et pour l'exhortation et l'amendement cordial de mon prochain.