Rose-Croix-Textes fondateurs-Les Noces Chimiques de Christian Rosencreutz-Deuxième jour-8/9
Par Fabrice le , le site sur l'ésotérisme et la voyance - Lien permanent
On installera pour demain La balance des Artistes; Alors, chacun s'apercevra facilement De ce qu'il a négligé d'acquérir chez lui. Si quelqu'un dans cette foule, à présent N'est pas sûr de lui entièrement, Qu'il s'en aille vivement; Car s'il advient qu'il reste ici, Toute grâce sera perdue pour lui. Et demain il sera châtié. Quant à ceux qui veulent sonder leur conscience, Ils resteront aujourd'hui dans cette salle. Ils seront libres jusqu'à demain, Mais qu'ils ne reviennent jamais ici. Mais que celui qui est certain de son passé Suive son serviteur Qui lui montrera son appartement. Qu'il s'y repose aujourd'hui Dans l'attente de la balance et de la gloire. Aux autres le sommeil apporterait mainte douleur; Qu'ils se contentent donc de rester ici Car mieux vaudrait fuir Que d'entreprendre ce qui dépasse les forces. On espère que chacun agira pour le mieux.
Dès qu'elle eut terminé ce discours, elle s'inclina encore et reprit gaiement son siège; aussitôt les trompettes sonnèrent de nouveau mais elles ne purent étouffer les soupirs anxieux de beaucoup. Puis les invisibles la reconduisirent; cependant ça et là, quelques petites lumières demeurèrent dans la salle; l'une d'elles vint même se placer derrière l'un de nous. Il n'est pas aisé de dépeindre nos pensées et nos gestes, expressions de tant de sentiments contradictoires. Cependant la plupart des convives se décida enfin à tenter l'épreuve de la balance, puis, en cas d'échec de s'en aller de là en paix (ce qu'ils croyaient possible). Ma décision fut bientôt prise; comme ma conscience me démontrait mon inintelligence et mon indignité, je pris le parti de rester dans la salle avec les autres et de me contenter du repas auquel j'avais pris part, plutôt que de poursuivre et de m'exposer aux tourments et aux dangers à venir. Donc, après que quelques-uns eussent été conduits par leurs lumières dans leurs appartements (chacun dans le sien comme je l'ai su plus tard), nous restâmes au nombre de neuf, dont mon voisin de table, celui qui m'avait adressé la parole. Une heure passa sans que notre lumière nous quittât; alors l'un des pages déjà nommés arriva, chargé de gros paquets de cordes et nous demanda d'abord si nous étions décidés à rester là. Comme nous répondîmes affirmativement en soupirant, il conduisit chacun de nous à un endroit désigné, nous lia puis se retira avec notre petite lumière, nous laissant, pauvres abandonnés, dans la nuit profonde. C'est à ce moment surtout que l'angoisse étreignit plusieurs d'entre nous; moi-même je ne pus empêcher mes larmes de couler. Accablés de douleur et d'affliction nous gardâmes un profond silence quoique personne ne nous eût défendu de converser. Par surcroît, les cordes étaient tressées avec un tel art que personne ne put les couper et moins encore les dénouer et les retirer de ses pieds. Je me consolais néanmoins en pensant qu'une juste rétribution et une grande honte attendaient beaucoup de ceux qui goûtaient le repos tandis qu'il nous était permis d'expier notre témérité en une seule nuit. Enfin, malgré mes tourments je m'endormis, brisé par la fatigue; par contre la majeurs partie de mes compagnons ne put trouver de repos. Dans ce sommeil, j'eus un songe; quoiqu'il n'ait pas une signification importante je pense qu'il n'est pas inutile de le rapporter.