Rose-Croix-Textes fondateurs-Les Noces Chimiques de Christian Rosencreutz-Deuxième jour-3/9
Par Fabrice le , le site sur l'ésotérisme et la voyance - Lien permanent
Dès que j'eus lu cette inscription, ma joie s'évanouit; et après avoir chanté si joyeusement je me mis à pleurer amèrement; car je voyais bien les trois routes devant moi. Je savais qu'il m'était permis d'en choisir une; mais en entreprenant la route de pierres et de rocs, je m'exposais à me tuer misérablement dans une chute; en préférant la voie longue je pouvais m'égarer dans les chemins de traverse ou rester en route pour toute autre cause dans ce long voyage. Je n'osais pas espérer non plus, qu'entre mille je serais précisément celui qui pouvait choisir la voie royale. La quatrième route s'ouvrait également devant moi; mais elle était tellement remplie de feu et de vapeur que je ne pouvais en approcher, même de loin. Dans cette incertitude je réfléchissais s'il ne valait pas mieux renoncer à mon voyage; d'un part, je considérais mon indignité; mais d'autre part, le songe me consolait par le souvenir de la délivrance de la tour, sans que je pusse cependant m'y fier d'une manière absolue. J'hésitais encore sur le parti à prendre, lorsque mon corps, accablé de fatigue, réclama sa nourriture. Je pris donc mon pain et le coupai. Alors une colombe, blanche comme la neige, perchée sur un arbre et dont la présence m'avait échappée jusqu'à ce moment, me vit et descendit; peut-être en était-elle coutumière. Elle s'approcha tout doucement de moi et je lui offris de partager mon repas avec elle; elle accepta, et cela me permit d'admirer sa beauté, tout à mon aise. Mais un corbeau noir, son ennemi, nous aperçut; il s'abattit sur la colombe pour s'emparer de sa part de nourriture, sans prêter la moindre attention à ma présence. La colombe n'eut d'autre ressource que de fuir et ils s'envolèrent tous deux vers le midi. J'en fus tellement irrité et affligé que je poursuivis étourdiment le corbeau insolent et je parcourus ainsi, sans y prendre garde, presque la longueur d'un champ dans cette direction; je chassai le corbeau et je délivrai la colombe. A ce moment seulement, je me rendis compte que j'avais agi sans réflexion; j'étais entré dans une voie qu'il m'était interdit d'abandonner dorénavant sous peine d'une punition sévère. Je m'en serais consolé si je n'avais regretté vivement d'avoir laissé ma besace et mon pain au pied de l'arbre sans pouvoir les reprendre; car dès que je voulais me retourner, le vent me fouettait avec tant de violence qu'il me jetait aussitôt à terre; par contre en poursuivant mon chemin je ne sentais plus la tourmente. Je compris alors que m'opposer au vent, c'était perdre la vie. Je me mis donc en route en portant patiemment ma croix, et, comme le sort en était jeté, je pris la résolution de faire tout mon possible pour arriver au but avant la nuit. Maintes fausses routes se présentaient devant moi; mais je les évitai grâce à ma boussole, en refusant de quitter d'un pas le méridien, malgré que le chemin fût fréquemment si rude et si peu praticable que je croyais m'être égaré. Tout en cheminant, je pensais sans cesse à la colombe et au corbeau, sans parvenir à en comprendre la signification. Enfin je vis au loin un portail splendide, sur une haute montagne; je m'y hâtais malgré qu'il fût très, très éloigné de ma route, car le soleil venait de se cacher derrière les montagnes sans que j'eusse pu apercevoir une ville au loin. J'attribue cette découverte à Dieu seul qui aurait bien pu me laisser continuer mon chemin sans m'ouvrir les yeux, car j'aurais pu le dépasser facilement sans le voir. Je m'en approchai, dis-je, avec la plus grande hâte et quand j'y parvins les dernières lueurs du crépuscule me permirent encore d'en distinguer l'ensemble. Or c'était un Portail Royal admirable, fouillé de sculptures représentant des mirages et des objets merveilleux dont plusieurs avaient une signification particulière, comme je l'ai su plus tard.
Tout en haut le fronton portait ces mots: LOIN D'ICI, ÉLOIGNEZ-VOUS PROFANES. Procul hinc, procul ite prophani
avec d'autres inscriptions dont on m'a défendu sévèrement de parler.