Pour ma part, le sommeil ne m'accabla guère; je me promenai donc dans le jardin et j'avançai jusqu'à l'enceinte; comme la nuit était très claire, je passai le temps à observer les étoiles. Je découvris par hasard de grandes marches en pierre menant à la crête du rempart; comme la lune répandait une si grande clarté, je montai audacieusement. Je contemplai la mer qui était dans un calme absolu, et, profitant d'une si bonne occasion de méditer sur l'astronomie, je découvris que cette nuit même les planètes se présenteraient sous un aspect particulier qui ne se reproduirait pas avant longtemps. J'observai ainsi longuement le ciel au-dessus de la mer quand, à minuit, dès que les douze coups tombèrent, je vis les sept flammes parcourir la mer et se poser tout en haut sur la pointe de la tour; j'en fus saisi de peur car, dès que les flammes se reposèrent, les vents se mirent à secouer la mer furieusement. Puis la lune se couvrit de nuages, de sorte que ma joie prit fin dans une telle terreur que je pus à peine découvrir l'escalier de pierre et rentrer dans la tour. Je ne puis dire si les flammes sont restées plus longtemps sur la tour ou si elles sont reparties, car il était impossible de me risquer dehors dans cette obscurité. Je me couchai donc sur ma couverture et je m'endormis aisément au murmure calme et agréable de la fontaine de notre laboratoire. Ainsi ce cinquième jour se termina également par un miracle.