Après un travail en commun très assidu, ils achevèrent l'ouvrage, où se trouvait réuni tout ce que l'homme peut connaître et désirer, ainsi que les instructions et arcanes de l'Ordre. Tout étant réglé, ils décidèrent de se séparer et de se rendre dans d'autres pays, non pas seulement pour divulguer cette sagesse à ceux qui en étaient dignes, mais aussi pour rectifier des erreurs possibles ayant pu se glisser dans leur propre système.

Avant de se séparer, les Frères prirent les résolutions suivantes :

1 - Que nul d'entre eux, s'il est en voyage, ne déclare d'autre profession que celle de soigner gratuitement les malades; 2 - Que nul ne doit être forcé, à cause de son affiliation, de revêtir un costume spécial, mais qu'il s'accommode des habitudes du pays où il se trouve; 3 - Que chaque frère est tenu chaque année au jour C.(jour de la Croix) de se rendre au Temple du Saint-Esprit, ou de déclarer par lettre les causes de son absence; 4 -Que chaque frère doit choisir avec soin une personne habile et apte à lui succéder après sa mort; 5 -Que ce mot R.C. leur serve de sceau, de mot de passe et de signature; 6 - Que cette Fraternité doit être cachée cent ans. Les règles fondamentales de cette société sont de révéler et de craindre Dieu par-dessus toute chose; de faire tout le bien possible à son prochain; de rester honnête et modéré; de chasser le diable; de se contenter des moindres choses dans la nourriture et le vêtement et d'avoir honte du vice.

Après avoir prêté serment sur ce règlement cinq frères s’en allèrent. Seuls les frères B. et D. restèrent auprès du Père Fr C. pendant un an. Lorsque ceux-ci partirent aussi, son cousin et I.O. restèrent près de lui, de telle manière qu’il ait toujours avec lui, chaque jour de sa vie deux frères. Ainsi d'année en année, se réunissaient-ils avec la plus grande joie, se communiquant leurs impressions et rapports qui étaient écoutés avec le plus grand intérêt, car ils avaient porté avec toute la sincérité leur doctrine aux sages de la terre. Il faut aussi tenir pour certain que de telles personnes, orientées ensemble par Dieu et par toute la Machina céleste, choisies parmi les plus sages de plusieurs siècles, ont vécu dans la plus haute unité, dans le plus grand secret et dans la plus grande charité possibles, entre elles et avec les autres. Leur vie s’écoula dans un tel comportement vénérable. Et bien que leur corps ait été libéré de toute maladie et de toutes douleurs, ces âmes ne pouvaient pas franchir le seuil précis de la dissolution. Le premier de cette fraternité qui mourut fut I.O. et cela en Angleterre, comme Fr. C. le lui avait prédit depuis longtemps. Il était très versé dans la cabale et particulièrement savant, ce dont témoigne son petit livre H. Sa renommée était grande en Angleterre, surtout parce qu’il chassa le lèpre d’un jeune comte de Norfolk. Ils avaient décidé que leur sépulcre resterait, aussi longtemps que possible, secret. Si bien que nous ne savons pas même aujourd’hui où nombre d’entre eux sont restés. Mais la place de chacun a été pourvue d’un successeur approprié. Nous voulons par là faire savoir publiquement, pour la gloire de Dieu, quoi que nous ayons pu constater secrètement d’après le Livre M. et bien que nous puissions avoir devant les yeux l’image du monde entier et de sa contrepartie; nous ne sommes conscients ni de notre infortune ni de l’heure de notre mort, que le grand Dieu, qui veut nous y voir constamment prêts, garde pour lui. Mais nous traiterons de cela plus en détail dans notre Confessio, où nous indiquerons les trente-sept causes pour lesquelles nous ouvrons notre fraternité et proposons de si hauts mystères librement, sans contraintes et sans aucune rétribution et promettons encore plus d’or que le roi d’Espagne n’en peut rapporter des deux Indes. Car l’Europe est enceinte et accouchera d’un puissant enfant qui doit être richement doté de ses parrains.