Le Roi et les autres seigneurs furent très étonnés de cette confession inattendue; ils me prièrent de me retirer un instant. Dès que l'on m'eut rappelé, Atlas m'informa que Sa Majesté Royale était très peinée de me voir dans cette infortune, moi, qu'Elle aimait par-dessus tous; mais qu'il Lui était impossible de transgresser Sa vieille coutume et Elle ne voyait donc d'autre solution que de délivrer le gardien et de me transmettre sa charge, tout en désirant qu'un autre fût bientôt pris afin que je pusse rentrer. Cependant on ne pouvait espérer aucune délivrance avant les fêtes nuptiales de son fils à venir. Accablé par cette sentence, je maudissais ma bouche bavarde de n'avoir pu taire ces événements; enfin, je parvins à ressaisir mon courage et, résigné à l'inévitable, je relatai comment ce gardien m'avait donné un insigne et recommandé au gardien suivant; que, grâce à leur aide, j'avais pu subir l'épreuve de la balance et participer ainsi à tous les honneurs et à toutes les joies; qu'il avait donc été juste de me montrer reconnaissant envers mon bienfaiteur et que je les remerciais pour la sentence, puisqu'elle ne pouvait être différente. Je ferais d'ailleurs volontiers une besogne désagréable en signe de gratitude envers celui qui m'avait aidé à toucher au but. Mais, comme il me restait un souhait à formuler, je souhaitai de rentrer; de cette manière, j'aurais délivré le gardien et mon souhait m'aurait délivré à mon tour. On me répondit que ce souhait n'était pas réalisable, sinon, je n'aurais eu qu'à souhaiter la délivrance du gardien. Toutefois Sa Majesté Royale était satisfaite de constater que j'avais arrangé cela adroitement; mais Elle craignait que j'ignorasse encore dans quelle misérable condition mon audace m'avait placé. Alors le brave homme fut délivré et je dus me retirer tristement. Ensuite mes compagnons furent appelés également et revinrent tous pleins de joie, ce qui m'affligea encore plus; car j'étais persuadé que je terminerais mes jours sous la porte. Je réfléchissais aussi sur les occupations qui m'aideraient à y passer le temps; enfin, je songeais, que, vu mon grand âge, je n'avais que peu d'années à vivre encore, que le chagrin et la mélancolie m'achèveraient à bref délai et que de cette manière ma garde prendrait fin; que, bientôt je pourrais goûter un sommeil bienheureux dans la tombe. J'agitais beaucoup de pensées de cette nature; tantôt je m'irritais en pensant aux belles choses que j'avais vues et dont je serais privé; tantôt je me réjouissais d'avoir pu participer, malgré tout, à toutes ces joies, avant ma fin et de ne pas avoir été chassé honteusement. Tel fut le dernier coup qui me frappa; ce fut le plus fort et le plus sensible. Tandis que j'étais plongé dans mes préoccupations, le dernier de mes compagnons revint du cabinet du Roi; ils souhaitèrent alors une bonne nuit au Roi et aux seigneurs et furent conduits dans leurs appartements. Mais moi, malheureux, je n'avais personne pour m'accompagner; même on se moquait de moi et l'on me mit au doigt la bague que le gardien avait portée auparavant, afin que je fusse bien convaincu que sa fonction m'était échue. Enfin, puisque je ne devais plus le revoir sous sa forme actuelle, le Roi m'exhorta à me conformer à ma vocation et à ne pas agir contre mon Ordre. Puis il m'embrassa et me baisa, de sorte que je crus comprendre que je devais prendre la garde dès le lendemain.
Rose-Croix-Textes fondateurs-Les Noces Chimiques de Christian Rosencreutz-Septième jour-5/6
Par Fabrice le , le site sur l'ésotérisme et la voyance
« billets précédents - page 3 de 76 - billets suivants »